Arrêtons d’aider Haïti: 2. La maison des trois petits cochons

Written by  //  juillet 15, 2010  //  Politique Internationale  //  No comments

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Le salut d’Haïti ne viendra pas des corporations privées qui, toutes nationalités confondues, sont en train de s’arracher des parts du gâteau de la reconstruction. En passant, ça me fait bien rire d’entendre parler de reconstruction. Reconstruire à P-O-P tient de la fable des trois petits cochons sauf qu’il manque le dernier, celui qui construit suffisamment costaud pour résister aux attaques du grand méchant loup.

Il manque trois éléments clefs pour pouvoir reconstruire quoi que ce soit à Haïti :
1. Du terrain physiquement disponible. Comment vont-ils se débarrasser des 20 millions de tonnes de débris laissés par le tremblement alors qu’en six mois on a à peine réussi à en faire disparaître 1,25% 1 . À ce rythme il faudrait plus de 10 ans pour récupérer une capitale à peu près vivable.

2. Du terrain légalement disponible. Avant le tremblement de terre la propriété foncière était déjà un énorme problème. Les registres étaient fortement critiqués et ils sont maintenant détruits. Et même si elles existaient encore…. L’analphabétisme atteint plus de 50% de la population et les rumeurs persistent comme quoi la plupart des policiers ne pourraient lire les titres de propriété…. Rajoutons là-dessus les employés morts, les témoins disparus…. QUI va enforcer les droits de propriété?

3. Le respect de standards de construction parasismiques. Seront-ils imposés et vérifiés cette fois? Par quelles firmes d’architectes et d’ingénieurs? Sachant à quel point Haïti est vulnérable aux ouragans, il faudrait aussi reconstruire en tenant compte de normes para-cycloniques. Qui va faire ça? Halliburton? Haïti est un nœud de problèmes climatiques et géologiques. Vous vous souvenez des Gonaïves? De Jeanne à Hanna, chaque ouragan aura laissé des centaines de morts dans son sillage. Il y aura d’autres ouragans, d’autres tempêtes, et hélas, peut être même d’autres tremblements de terre avant que P-O-P ne soit reconstruit. “Prenons l’exemple des quatre cyclones de 2008 et comparons Cuba et Haïti. La Havane a pris les mesures, la population est entraînée. En Haïti, cela n’existe pas (quatre morts à Cuba, contre près de 800 en Haïti – NDLR). Les catastrophes naturelles cela se prévoit surtout dans une zone tropicale.” 2 .

Le fond du problème c’est qu’avant le tremblement de terre, Haïti était déjà dans une merde insondable. Je sais le terme est fort mais il est décrit parfaitement ce que nous avons tous laissé faire ces dernières années. Plus de la moitié des enfants non-scolarisés 3 ; plus de 50% d’analphabètes ; une déforestation massive qui a fait passer le territoire feuillu de 50% à 2% ; une dépendance énergétique sur le charbon et aucun investissement concret pour développer des sources alternatives d’énergie comme le solaire ou l’éolien ; un exode rural massif vers la capitale, qui s’est inversé après le tremblement de terre détruisant le mince équilibre des campagnes ; une dépendance alimentaire croissante face aux USA et aux ONGs en place 4 ; une densité de population et un taux de mortalité infantile doubles de sa voisine la République Dominicaine. Sans oublier le plus important : un gouvernement inexistant, inefficace et largement corrompu depuis des lustres et où les femmes sont représentées à moins de 4%.

Les Haïtiens sont dans la maison du premier petit cochon et aucun de nous n’est capable de les aider à construire autre chose que des structures temporaires qui s’écroulent dès les premières pluies. Plusieurs sur place dénoncent depuis des mois le manque de coordination 5 qui a déjà tant coûté à cette république des ONGs. 6.

Faut-il donc continuer à donner? La suite demain….


  1.  6 mois plus tard: des conditions inhumaines qui persistent . NDR: l’estimation d’Oxfam Canada est de 19 millions []
  2. Haïti est le pays le plus pillé au monde – ?Entretien réalisé par Cathy Ceïbe – Extraits parus dans l’Humanité, samedi, 16 janvier 2010 []
  3. UNICEF: rapport sur la situation des enfants en Haïti []
  4. Jusqu’en 1996 Haiti exportait 10 à 15% de vivres consommables, le FMI l’a alors forcé à ouvrir ses marchés, entre autre pour satisfaire les agriculteurs des Etats-Unis, et ce pourcentage est monté à 53%. Source : Le Devoir, ÉDITORIAL, mercredi, 11 mars 2009 []
  5.  “Il n’y a pas de gouvernance de la reconstruction” en Haïti []
  6. Une tradition de quasi anarchisme dans les ONG à Haïti []

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Rédactrice éditrice en chef, mégaphone mentale - Editor in chief, mental megaphone.

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