La lune en quartiers (Quartier 1- Épisode 14)

Written by  //  octobre 8, 2010  //  Feuilletons, La lune en quartiers, Rubriques  //  No comments

moon-phases

Une autre aventure commençait, ma grand-mère Renée faisant se rencontrer, à Paris, mes parents et un ami Franc-Maçon qui leur exposa d’autres possibilités d’expatriation. Les pays choisis furent alors : La Nouvelle-Calédonie, le Congo-Brazzaville ou la Réunion. C’est dans cette île de l’Océan Indien, récemment promue département français, que les hasards des nominations nous conduisirent.

La Réunion – Eté 1954/été 1965

Ce nom de Réunion, postérieur à celui de Bourbon, ne pouvait que nous faire croire à une possible unification de ce petit noyau familial déjà bien fragilisé. Le départ fut une fête, nous allions prendre le bateau à Marseille et vivre 23 jours de croisière, un véritable enchantement. La 4 chevaux venait d’être remplacée par une 203 grise, dernier modèle qui me paraissait majestueuse au regard de la petite Renault. Nous fîmes une belle balade sur la nationale 7, depuis Paris jusqu’à Marseille, les adieux à Renée et Camille ne m’ayant pas particulièrement bouleversée, contrairement à ma mère qui aura toujours eu de la difficulté à quitter la sienne.

Effectivement, la croisière sur le « Jean Laborde », paquebot récent des Messageries Maritimes, fut une fête incessante, mes parents retrouvant les plaisirs conviviaux habituels sans l’inquiétude qui les minait jusque-là, surtout à mon sujet. Les passagers de la première classe, clientèle de notables et bourgeois, lorgnaient souvent le pont des deuxièmes classes où bals et soupers joyeux se succédaient dans une ambiance détendue. Le passage de la ligne fut, comme de coutume, prétexte à déguisements et danses dont mes parents furent en grande partie les instigateurs. J’étais fière d’eux, ils organisaient des tournois de cartes ou d’échecs, des jeux de toutes sortes sur le pont, comme ils l’avaient fait pour les loisirs dans les écoles successives. Mais surtout ils remportaient tous les concours de danse durant les soirées et je pouvais me repaître de ce que je croyais un réel rapprochement puisque nous étions en vacances, avec toutes les permissions.

À l’escale de Tamatave, à Madagascar, nous étions accoudés au bastingage, observant le déchargement du bateau et mon père s’amusa de voir une 203 grise, sortie de la cale, non encore immatriculée, suspendue dans les airs puis doucement déposée sur le quai. « Si je ne savais pas que ma voiture est dans la cale en partance pour la Réunion, je jurerais que c’est elle qu’on dépose ici ! »dit-il . C’était bien elle ! nous ne le saurions qu’en arrivant au Port, destination finale de notre traversée. Cette anecdote fit rire bien des amis après avoir mis mes parents dans une colère noire car il n’existait pas d’agence de location de voitures à cette époque bénie où nous ne risquions pas d’être intoxiqués par les vapeurs des automobiles encore peu nombreuses sur l’île.


-

-

-

-

About the Author

Parallèlement à une vie professorale universitaire traditionnelle et à un parcours de formations multiples en développement personnel, j’ai pu bénéficier de l’enseignement de Maîtres européens, africains et asiatiques au cours de nombreux longs séjours à l’étranger. Cela m’a permis de concevoir une approche originale fondée sur le feng shui, la numérologie, le tarot, la psychogénéalogie et les constellations familiales. Installée au Québec depuis 7 ans (Montréal et Bromont), je donne des conférences, j’anime des constellations familiales et je reçois en consultation chez moi ou chez les patients. www.HarmonieInterieure.com

View all posts by

Leave a Comment

comm comm comm