Après-vous!
Written by Catherine // novembre 15, 2010 // Baby Boomer // 1 Comment
Je reviens d’une longue tournée en Europe, pour des raisons professionnelles et familiales. C’est au retour d’un tel périple (agrémenté par les grèves) que l’on sait pourquoi on a quitté ce continent pour venir, en Amérique du Nord francophone, essayer d’y trouver une vie plus calme et un environnement dont on nous annonce qu’il est dénué de cette agressivité ambiante propre à une nouvelle Europe élargie.
Les francophones ont du mal à parler de choc culturel lorsqu’ils émigrent au Québec car on y parle Français et on se croit donc « cousins ». C’est pourtant vrai qu’un réel choc existe malgré les bonnes volontés de part et d’autre. Peut-être cela est-il plus facile pour les Belges francophones que pour les Français volontiers « donneurs de leçons », mais il n’empêche que nombre de comportements peuvent heurter le nouvel immigrant (et même les installés de longue date). L’éducation est différente sur les continents européen et américain du Nord, cependant, s’il est un point commun à ces deux continents, désormais, c’est le manque d’esprit civique.
Mes vieux réflexes de « baby boomer » privilégiée on été mis à l’épreuve à Paris lorsque je me suis faite bousculer par de nombreux jeunes gens alors que je portais difficilement ma valise à la gare du Nord qui n’offre que des escaliers non mécaniques aux voyageurs (cherchez l’erreur !). Dans les différents trains pris lors de mon séjour, ce sont toujours des hommes de mon âge qui m’ont donné un coup de main. En Alsace, contrée que j’imaginais encore préservée de l’énervement caractéristique des grandes métropoles, j’ai pu constater que l’éducation n’avait pas été mieux faite par des voyageurs dont les enfants se précipitaient sur les places libres dans les bus ou les trains, sans aucune attention envers femmes enceintes ou personnes âgées. Je suis tombée de haut à Bruxelles quand deux excités, pour aller plus vite, ont fait tomber une dame du tram sous les rires de l’assemblée. Je pourrais multiplier les exemples de ces attitudes inciviques, nous en connaissons tous. Les Européens grévistes et râleurs ne prennent plus le temps d’éduquer leurs populations, trop occupés par leurs revendications de nantis, non comprises par des millions d’Africains et autres exclus de la planète Terre.
De retour à Montréal, je me suis sentie plus à l’aise jusqu’au moment, rapidement arrivé, où un cycliste a brandi un doigt d’honneur quand j’ai crié car il avait failli renverser mon petit-fils avec qui je traversais un passage piétons (protégé !), au feu vert pour nous, rouge pour le cycliste. Les deux stagiaires de la police qui arrivaient sur les lieux ont pudiquement détourné leur regard pour ne pas avoir à intervenir sans doute. De même, aussitôt après, lorsqu’une voiture a brûlé le feu rouge, manquant de peu d’écraser une cycliste heureusement prudente. Dans la même journée de ce retour en fanfare, j’ai noté plusieurs de ces comportements agressifs qui dénotent un sans-gêne total et un mépris souverain du voisin. Le soir même, au cours d’une réunion de copropriétaires, ce fut un déluge de récriminations semblables à ces cas d’incivilité que j’avais si vite constatés. Tel voisin jette ses mégots sur le balcon d’en-dessous, tel autre claque la porte au nez de locataires qui se plaignent courtoisement de nuisances nocturnes ou encore du fait que les fumeurs réclament leur liberté de fumer jusque dans les ascenseurs.
Finalement, d’un côté de l’océan ou de l’autre, il faut bien constater que nos enfants grandissent dans un environnement où la liberté ne s’arrête plus au moment où la liberté de l’autre est méconnue. Question d’éducation ? bien entendu !
J’entends déjà les adeptes de « l’enfant-Roi » me rétorquer que ce sont des discours réactionnaires de vieux gagas, que le monde change, qu’on n’y peut rien…
Alors la vieille radoteuse que je suis se révolte et quand un enfant trépigne devant son parent impuissant, sans dire « s’il te plait, merci, bonjour… », je souhaiterais leur apprendre que ces mots magiques sont la base de la politesse qui, seule, permet de vivre respectueusement en société, et cela commence à la maison.
L’école ne donne plus de cours d’instruction civique qui a longtemps permis d’établir les règlements indispensables aux échanges entre êtres humains. Les parents n’osent plus (ou ont la fainéantise de) fixer des limites à leurs enfants, confondant tolérance et laxisme, nous ne savons plus vivre ensemble, en se respectant, trop occupés par nos paresses d’enfants gâtés.
Que nous ne leur apprenions plus à savoir gérer des limites imposées, mais qui les aident à acquérir le sens de leurs responsabilités dans leurs rapports humains, aboutira au fait nos petits-enfants nous en voudront un jour autant de cette négligence coupable que de leur avoir laissé une planète abîmée, à l’image de l’éducation qu’ils ont reçue.
Signé : une vieille gaga qui s’assume.
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One Comment on "Après-vous!"
Que ça me désole de lire ça. Je reviens de France (première fois que je foulais le sol français) et je me faisais justement la réflexion au sujet de la politesse française que j’ai trouvée supérieure à la nôtre, celle de Montréal. J’ai trouvé que le citoyen français avait un “vernis” que je ne trouve pas au Québec. Ne serait-ce que parce que je me faisais accueillir à la boulangerie par un “Bonjour Madame” au lieu de: “Suivant”! Même les enfants me vouvoyaient. Les personnes qui venaient en sens inverse sur le trottoir se rangeaient pour me laisser de la place, alors que dans mon quartier je me retrouve une fois sur deux sur le gazon ou dans la rue. Peut-être qu’un “Madame” n’est pas le gage du respect, on peut certainement se faire envoyer promener en se faisant appeler Madame, et peut-être aussi que ce n’est qu’un vernis de surface et qu’en grattant un peu j’aurais déchanté… mais ça m’a fait du bien.