La lune en quartiers (Quartier 1- Épisode 17)

Written by  //  décembre 2, 2010  //  Feuilletons, La lune en quartiers  //  No comments

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Mes parents ne faisaient aucune différence entre Métropolitains et Réunionnais , Blancs et noirs, Français et Créole parlés, riches et pauvres. Très vite, ils furent invités dans cette minuscule société et se firent des amis intimes de plusieurs villageois. En particulier, nous fûmes reçus par une ancienne institutrice, veuve très instruite, mère de trois enfants qui devinrent de grands amis de mes parents. Cette vieille dame, qui n’avait pas encore de petits-enfants, me prit en affection et m’apprit des chansons et des poèmes créoles qui bercèrent toute cette époque de mon enfance. Son nom de famille était Bourdon et je la surnommais donc Mémé Bourdon, ce qui l’enchanta. Dans cette maison, souvent animée par de nombreux jeunes gens, amis de ses enfants, Mémé Bourdon garnissait sa table de succulents caris créoles dont nous nous régalions puis toute cette jeunesse dansait au son du vieux gramophone que j’avais la charge de remonter. Je savais aussi en changer les aiguilles, cet appareil était magique car il annonçait la joie en produisant de la musique. Nous apprîmes là toutes les chansons créoles du répertoire et mes parents, en ramenant leur « 78 tours », disques de cire fragiles et précieux, leur partagèrent ce goût de l’opérette et de l’opéra.

Au sein de cette ambiance joyeuse, je baissais un peu la garde, me laissant gâter par ma nouvelle grand-mère.

Seule enfant au milieu de ces adultes divertissants, je savais m’amuser seule, inventant mille histoires ou lisant interminablement. La vie avec une trentaine de petits garçons, qui étaient parfois des compagnons de jeux, était assez joyeuse et, en-dehors de l’école, nous passions de longs moments sur le terrain de football communal où mon père entraînait les grands pendants que maman entraînait les petits, dont je faisais partie, dans toutes sortes de jeux qui les ravissaient. Ils n’avaient connu jusque-là, que la froideur des centres de l’Assistance Publique. Lorsque le temps ne permettait pas les sorties sportives, la grande véranda, appelée « varangue » à la Réunion, nous réunissait pour de folles parties de petits chevaux ou de jeux de l’oie, construits par les plus grands. Mon père leur faisait réaliser tellement de jolies choses qu’une grande vente au village amena encore plus de sous dans la fameuse caisse de la coopérative que ces enfants apprenaient de mieux en mieux à expérimenter. Il leur fit aussi réaliser une grande carte de France avec les départements et chefs-lieux que nous devions connaître par cœur ; lorsqu’on appuyait sur un bouton en face de la liste des départements, son chef-lieu s’illuminait grâce à un ingénieux système que j’allais retrouver dans le métro parisien. Je ne me rendais pas compte du talent extraordinaire qu’avait mon père pour nous rendre tout apprentissage plaisant, j’avais grandi avec cette facilité innée de mes parents pour la pédagogie active. Les visiteurs, Vice-Recteur, inspecteurs de l’Education Nationale, instituteurs des environs, ou même amis, ne tarissaient pas d’éloges sur la qualité de l’éducation dispensée dans cette maison des pupilles. Mes parents étaient adorés des enfants et, un an et demi après notre installation, lorsque ma mère insista pour retrouver un poste d’institutrice dans un climat moins humide, la déception fut terrible même si les remplaçants avaient été formés par mon père. Mais nous avions du mal à nous faire à cette humidité et nous aspirions à profiter du merveilleux climat tropical de ce pays, plus près de la mer.

De nombreuses anecdotes émaillèrent ce séjour dont celle des ballons enchante encore nos amis : mon père avait ramené de la capitale un lot de ballons trouvé dans une boutique qui ne savait qu’en faire. Il faut dire que nous ne recevions que peu des innombrables objets garnissant les boutiques de la métropole, il fallait se débrouiller avec ce que la nature nous offrait dans ces années 50. Des ballons allaient donc paraître comme une trouvaille inaccoutumée dans notre village reculé. Les enfants furent enchantés de promener ces trophées à travers le bourg. Les villageois les complimentaient lorsque mon père salua, en passant, l’épouse du commandant de gendarmerie, pincée et furieuse que ses enfants n’aient pas fait partie de la distribution. Mon père, que ses convictions anarchisantes gardaient plutôt éloigné des pandores, lui rétorqua qu’il avait pour priorité ses petits pupilles et s’éloigna. Le lendemain, tout le village se tenait les côtes en se racontant la dernière de « la Commandante » qui avait muni sa progéniture de ballons de son invention ; elle avait gonflé des capotes anglaises que tout le monde reconnut comme telles et je ris beaucoup à l’unisson, sans bien saisir à quoi pouvaient servir ces petits sacs grisâtres qui n’avaient certes pas l’allure de nos ballons multicolores. Je trouvais que mon papa faisait toujours mieux que les autres, et cela me remplissait de légitime fierté.

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About the Author

Parallèlement à une vie professorale universitaire traditionnelle et à un parcours de formations multiples en développement personnel, j’ai pu bénéficier de l’enseignement de Maîtres européens, africains et asiatiques au cours de nombreux longs séjours à l’étranger. Cela m’a permis de concevoir une approche originale fondée sur le feng shui, la numérologie, le tarot, la psychogénéalogie et les constellations familiales. Installée au Québec depuis 7 ans (Montréal et Bromont), je donne des conférences, j’anime des constellations familiales et je reçois en consultation chez moi ou chez les patients. www.HarmonieInterieure.com

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