Du sexe au musée
Written by Marie Marie // février 18, 2011 // Tu sexes-tu? // No comments
Me voilà arrivée à New york avec quelques heures à tuer, enfin, pas littéralement, on s’entend, on n’est pas dans les “Sopranos”. Je décide de commencer par le nouveau Dean & Deluca: “Eataly” de Marco Batalli qui est bien trop énorme et trop compliqué pour mes goûts de fille simple. Qui a envie de manger dans un Disneyworld italien? Mais maintenant que j’ai nourri le corps, pourquoi pas nourrir l’esprit: et si nous allions au musée? Non, pas le Guggenheim. Non, pas le MET. Je vais sur la 5ème avenue, direction: le Musée du Sexe.
On entre par le sex-shop, enfin je veux dire la boutique du musée, pardon. Hmmm, très bizarre. La plupart des musées vous fait faire le tour et, à la fin, vous terminez par leur boutique. Mais, en regardant soigneusement autour de moi, je comprends pourquoi: c’est là que la majorité commence ET finit la visite…
Pour suivre la dernière tendance de l’industrie du sexe, la boutique du musée donne plus la sensation d’un magasin de gadgets dernier cri qu’un sex-shop miteux. Seul un examen plus poussé des produits exposés vous révèle vraiment où vous êtes. Et quelle gamme de produits! Je n’arrive pas à me décoller des faux implant de silicone. Ils viennent en “dégonflé” ou “normal” et là je ne peux pas m’empêcher de penser comme c’est étrange de vouloir un tel élément étranger dans son corp. Ça semble bien plus gênant qu’un plombage dentaire… Le magasin contient une large gamme (même si la taille ne compte pas) de livres et godemichés dignes des étagères de nos salons parce qu’ils sont tellements joooooolis. Si, si.
Contrairement à d’autres sex-shops que je fréquente (et dont je vous ferai part la semaine prochaine), celui-ci me semble avoir un nombre anormal d’adultes glousseurs: des 40-50 ans qui rient comme des ados parce qu’ils viennent de voir un pins qui affiche fièrement ”J’aime le porno”. Quand la réaction à des produits sexe est le rire niais caché derrière sa main et qu’on a passé 15 ans, je m’inquiète…
Du noir et blanc au porno sur internet
La première salle est un aperçu historique du sexe dans les médias populaires. Ennuyeux? Ben, c’est un musée après tout. Projetés sur des cadres suspendus ou projetées sur des cubes posés à même le sol, vous trouvez là une trentaine de films, des muets noir et blanc jusqu’aux dernières productions amateur disponibles gratuitement sur le net. Chaque film est accompagné d’une description très sérieuse et assez longue qui vous oblige à continuer à utiliser votre tête même si, pour certains d’entre nous à ce stade, il s’agit d’un défi majeur.
Dans l’ensemble, la première salle est une révélation. Les conservateurs du musée ont réussi à montrer comment les représentations du sexe suivent, et parfois précèdent, des changements de société. Il est fascinant de voir comment nous sommes passés si vite du sexe métaphorique à la sexploitation.
Cependant, j’aurais pu me passer de certaines choses. Premièrement, les vidéos sexe de Paris Hilton et Pamela Anderson. Ces femmes me dépriment, et les voir à l’acte a tué ma libido immédiatement! Deuxièmement, j’ai découvert toute une école de films “trans” dont le thème est la destruction organisée du mâle américain. Oh la vache! Des dizaines de films dont je n’avais jamais entendu parler, et je crois que c’est tout aussi bien. Dans mon esprit, les représentations populaires des travestis oscillent entre le “Rocky Horror Picture Show” et “The Crying Game”. Désillusion totale….
Après avoir vu tout ce porno, je me sens un peu nauséeuse, comme quand vous venez de manger un peu trop de chocolat. Je passe donc à la deuxième salle, qui se trouve être… au deuxième étage. Pour y accéder il faut prendre un escalier très étroit qui me rappelle le vieux dicton: la meilleure partie du sexe c’est de monter l’escalier.
Masturbation intellectuelle
Le deuxième étage est l’illustration du côté “artistique” du sexe. J’ai du mal à réprimer un bâillement. On a le film porno pour robots: inintéressant. The Flower of life de David Datuna, une sculpture en miroirs éclairés, consistant en un long tunnel rouge entouré de godes. En fait, beaucoup d’humour et complètement hypnotique.
Cette salle abrite également deux poupées réelles, un homme, une femme. C’est la première fois que je vois une vraie poupée. Eh bien, effectivement, ce sont des poupées et elles ne semblent pas réelles du tout. Elles sont toutes deux complètement irréalistes. Rien de plus que des grosses poupées Barbie hors de prix aux proportions ridicules. Étonnant que certains d’entre nous soient comblés par ces trucs mal fichus.
Comme c’est tout de même un musée, un peu de respectabilité est infusée grâce à un petit croquis de Picasso et un Keith Haring. Vous savez, pour nous faire comprendre que même ces grands génies faisaient dans le dessin porno, alors tout va bien… Dommage qu’ils n’aient pas les dessins érotiques de Gustav Klimt, de vraies merveilles, je vous les conseille.
La série de photos de Sandra Torralba mérite un temps d’arrêt. Ses images sont des mises en scène typiques prises directement des films porno, mais avec la touche hypra cynique de l’artiste. La série est vraiment déroutante, drôle et dérangeante…
Godemichés à vapeur pour célibataires
A côté de tout cet “art” on trouve des vieilles affiches de matériel médical sur le cycle reproducteur féminin. J’ai beau regarder pour essayer de comprendre ce que tout ça est sensé expliquer, très mal fichu … Heureusement que j’ai mon application iPhone pour suivre mes cycles, car ce genre de choses était si mal expliqué qu’il n’est pas étonnant d’avoir eu tant de grossesses non désirées à une époque où la méthode Ogino était en plein développement. Vous trouvez également les premiers godemichés à vapeur! Oui madame, les vibormasseurs d’il y a quelques années? À vapeur. Sglup!
Après avoir été vraiment effrayée par ces jouets d’une autre époque, je retrouve ma confiance en moi grâce à une série de cartes postales anciennes sur le sexe en plein air: ces beautés nues du 19e siècle sont d’une époque où les femmes étaient autorisées à être elles-mêmes au lieu de vivre avec 10 kilos d’insuffisance pondérale.
Capote réutilisables et enfants de la syphilis
Troisième étage, troisième salle: la vie, l’histoire et les luttes du préservatif, parrainé par Trojan! Logique, hein? Problème étant que nous avons tous vu ça cent fois: d’abord les préservatifs réutilisables en intestins de mouton, ensuite les emballages drôles, les saveurs rigolotes, blah blah blah. Rien d’original. Mon conseil: à ne pas consommer du tout (la salle, pas les préservatifs!).
Pour ceux d’entre vous dont le sang commence à chauffer, l’histoire des MST va faire douche froide! Comme tout le monde, j’avais entendu parler, et lu, à propos de la syphilis et de l’expérience Tuskeegee, mais c’était la première fois que je voyais à quoi cela ressemble vraiment sur des adultes et des enfants. B-E-U-R-K.
Franchement, je ne crois pas que cela aide. Les photos anciennes aux couleurs passées qui montrent les ravages de cette maladie sur les femmes et les enfants touchés donne un sentiment de “c’est arrivé une fois, c’est maintenant de l’histoire”. Compte tenu de la hausse récente des MST (principalement due à la négligence totale des hommes et des femmes), cette partie du musée ne fait que renforcer la croyance sociale montante que les MST sont une chose du passé.
Porno pour panda et pénis de canard
Encore un autre escalier m’amène au dernier étage: l’habitat naturel du sexe, ou ce que la vie sexuelle des animaux peut nous apprendre sur notre propre animalité. Saviez-vous que l’homosexualité est banale chez les dauphins, les bisons, les lions et même les girafes? Ne parlons même pas des Bonobos, ce sont les trainées de la jungle.
Voilà un sujet de conversation pour votre prochain 5 à 7: les pandas étant isolés, ils ne sont jamais témoins des ébats naturels des plus vieux d’entre eux et quand vient leur tour… ils ne savent pas quoi faire! Alors les experts ont fait faire des montages de pandas en action à titre purement éducatif. Incroyable, au Québec, notre ministre de l’éducation se tâte encore pour savoir si les enfants ont besoin de cours d’éducation sexuelle mais, pour les pandas, la question ne se pose pas…. cherchez l’erreur.
On a aussi droit au concours du pénis le plus long et le gagnant est … roulements de tambour … le canard de lac argentin avec 40cm! Faites moi confiance, c’est pas joli et grâce à Dieu ils ont pas besoin de se faire circoncire. Autre anecdote dont j’aurais pu me passer: les hyènes accouchent à travers leur clitoris. Oui, moi aussi ça m’a fait serrer les fesses de lire ça.
Il est à qui le beau gode?
Moi qui pensait m’amuser, je suis en fait soulagée de sortir de là. Ce qui est attrayant finalement c’est la boutique du musée. J’ai toujours adoré les boutiques de musée mais celle là fait partie de mon top 5 mondial. Je tourne plusieur fois autour du godemiché pour chien. Je me vois déjà avec ça sous le bras (ça a la taille d’un chien moyen) déambulant dans l’aéroport de Newark. Hélas, le prix justifie mal la bonne blague car je n’ai même pas de chien à qui ça pourrait faire plaisir.
En conclusion, en résumé, c’était pas terrible. Le tout semble un peu fait à la va-vite, un peu “cheap” et très prévisible: Wouah! L’histoire des préservatifs?! Vraiment? L’histoire du porno?! Vraiment?… Pour 18$, j’aurais dû faire le MOMA.
Mais j’ai pu faire l’achat de livres jamais vu auparavant et du célèbre canard vibrant de voyage: avec boa en plumes détachable et le bec percé d’un brillant Swarovsky. Maintenant il faut que je fasse comprendre à mon fils que c’est MON jouet que, non! il ne peut pas le prendre dans son bain pour jouer à la guerre Transformers avec son sous-marin Playmobil. Je suis une mère modèle…



