La lune en quartiers (Quartier 1- Épisode 25)

Written by  //  avril 19, 2011  //  Feuilletons, La lune en quartiers  //  No comments

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Heureuse, malgré tout, de regagner ma chère Ile de la Réunion, j’y retrouvai mes appréhensions et mon besoin de surveillance qui avait été mis en veilleuse dans l’entourage des grands-parents. Terminer mon cours moyen fut facile puisque j’étais déjà une bonne élève avant de doubler cette année et je passai les mois restants à composer toutes sortes de rédactions et de textes libres pendant que la classe peinait sur la conjugaison et les règles de grammaire. Le midi, j’allais retrouver mes parents à l’école des garçons, pour partager leur pique-nique et, avec quelques garçons de l’école, je me prenais pour Tarzan en me suspendant aux lianes de l’immense banian ornant la cour de récréation. Les jours les plus heureux étaient ceux où, le vent se faisant moins présent, nous allions passer l’heure du repas à la plage voisine. Des collègues de mon père, parents de bonnes amies à moi, y avaient une villa et nous prenions vite une douche avant de regagner nos classes respectives. Les fins de semaine, nous allions souvent retrouver ces amis et nos journées d’enfants se passaient à pêcher les oursins, agacer les chenilles de mer et trouver quelques beaux coraux qui existaient encore à ce moment-là, après avoir épuisé les joies de la baignade et des cours de natation. Encore une fois, c’est dans l’activité physique que je pouvais trouver un exutoire à toutes mes peurs. Ces moments de félicité, au milieu d’amis chaleureux et bienveillants, me permettaient régulièrement de baisser ma garde et de reprendre ma place d’enfant insouciante.

 

 

Au moment des vacances de fin d’année, je fus tentée de suivre mes compagnes en colonie de vacances dont je connaissais bien le fonctionnement. Mon père avait cédé sa place à ceux qu’il avait formés mais, malgré la confiance que j’avais en ces personnes bien connues, je renonçai, au dernier moment, à vivre cette expérience tant je redoutais les moments de panique dont je ne doutais pas qu’ils allaient me rattraper.

Mais il fallait enfin se décider au sujet de mes études secondaires. Mon père ne voyait pas pourquoi je ne devais pas fréquenter le collège du Tampon où il comptait de nombreux collègues expérimentés mais ma mère avait décidé que je ferais du latin, elle qui n’y avait pas eu accès. Pour cela, il fallait s’inscrire au lycée de la capitale, le lycée Juliette Dodu, réservé aux filles. Maman, dont le projet premier était de s’éloigner de son mari, n’avait pas obtenu le poste convoité dans cette région, mais il lui fallait maintenant rester cohérente avec cette exigence de me faire découvrir le latin. Son amie Juliane, nouvellement nommée à Saint-Denis, venait de partir s’y installer, pour se rapprocher du père de Jean-Lou, le dernier-né que je considérais comme un nouveau petit frère. Le nouveau père n’avait toujours pas pris ses responsabilités, comme on disait alors, et continuait à voir femme et enfant en cachette. Juliane nous offrit de me prendre en pension afin que je puisse fréquenter le seul lycée de filles de l’île. La présence de Loulou et la vie de famille devaient me séduire selon les deux femmes. Cette annonce me fit l’effet d’une catastrophe inévitable tant je savais mon père incapable de s’imposer devant son épouse. J’étais profondément bouleversée et pleurais, me semblait-il, toutes les larmes de mon corps sans, pour une fois, infléchir le cours des choses. Mes parents pensaient-ils, au regard de leurs dissensions, qu’il serait sans doute préférable pour moi de m’éloigner d’eux ? je n’en ai jamais rien su. Et, la mort dans l’âme, je pris le chemin de la capitale, m’éloignant de mes deux idoles et du village que j’aimais déjà profondément.

 

 

 

About the Author

Parallèlement à une vie professorale universitaire traditionnelle et à un parcours de formations multiples en développement personnel, j’ai pu bénéficier de l’enseignement de Maîtres européens, africains et asiatiques au cours de nombreux longs séjours à l’étranger. Cela m’a permis de concevoir une approche originale fondée sur le feng shui, la numérologie, le tarot, la psychogénéalogie et les constellations familiales. Installée au Québec depuis 7 ans (Montréal et Bromont), je donne des conférences, j’anime des constellations familiales et je reçois en consultation chez moi ou chez les patients. www.HarmonieInterieure.com

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