Patrimoine, est ce que j’ai une gueule de patrimoine ?

Written by  //  mai 10, 2011  //  Baby Boomer  //  2 Comments

cabane

Quelle conception bizarre du patrimoine transmet-on aux administratifs  municipaux chargés de superviser permis de construire, de transformer ou de rénover ?

Avant tout, si vous souhaitez avoir accès aux services municipaux montréalais, il vous faudra traverser un véritable parcours du combattant : arriver bien avant les heures d’ouverture (les bureaux fermant à l’heure du lunch, cela fait deux ouvertures), faire une longue queue pour s’entendre souvent dire qu’il y aura une attente d’au moins une heure suivant les jours. Et là, devant la personne idoine, vous vous rendrez compte qu’elle détient un pouvoir, petit, mais pouvoir quand même qu’elle ne va cesser de vous brandir sous le nez.

La clef de la construction québécoise réside dans le « droit acquis », incontournable ! Ce droit acquis surpasse toute notion de patrimoine, on ne reviendra pas là-dessus.

Vous avez donc acheté une maison derrière laquelle un débarras recouvert de tôles rouillées branle du chef. L’idée est de l’abattre pour en reconstruire un en harmonie avec les maisons en brique environnantes. Non ! comme c’est un droit acquis, il peut rester ainsi et même devenir dangereux pour le voisinage (on ne parle même pas de sa laideur environnementale), on ne peut y toucher. Si on obtient le droit de le démolir, aucune permission de reconstruire ne sera accordée.

Le vieil escalier en fer de votre voisine, décor montréalais fameux, a besoin d’un coup de peinture. Déclaration lui est faite que cette zone d’habitation est « patrimoniale », que vous devrez vous conformer à une palette de couleurs : vos voisins et vous arpentez les rues, disons du Plateau Mont-Royal, et vous constatez que tous ces escaliers sont de couleurs différentes, que certains ont été tronqués ou même bricolés et sont parfois dangereux, qu’aucune maison ne respecte les éminentes instructions ayant trait au patrimoine.

Même constat en région : la façade mauve sale d’une maison d’un village des Cantons de l’Est est déclarée convenable car elle respecte les couleurs « patrimoniales » de la région alors qu’on refuse à un nouvel habitant de repeindre la sienne d’un bleu  (propre pourtant) qui offusquerait le goût des décideurs. Recherche faite auprès des services d’urbanisme québécois, ce choix de couleurs ne relève d’aucune loi patrimoniale. Qu’une commune décide d’avantager certains de ses concitoyens qui votent bien, on veut bien le croire, mais qu’on ne nous fasse pas croire à une notion de préservation du patrimoine, que ce soit en matière de couleur ou de plan architectural !

Quand on voit l’accumulation de ces nouvelles maisons, de style suburbain états-uniens, aux couleurs ternes, aux toits inadaptés au climat québécois, aux garages non reliés aux maisons, servant surtout de débarras, il faut se poser la question de savoir qui permet de genre de construction ? Il n’existe plus de droit acquis à ce niveau. On ne parle plus alors de patrimoine.

 

Le patrimoine est un héritage culturel, environnemental qui raconte l’Histoire d’un peuple, en l’occurrence celle du peuple québécois, des « pères » (étymologiquement, le mot latin patrimonius vient de « pater ») du Québec. C’est ce que nous allons transmettre à nos enfants.

Je ne parle même pas des monstruosités comme celles qui cernent l’ensemble commercial du 10/30 ou des empilements d’insipides condos dans les anciennes stations de ski du Québec, restons attentifs à ce qui existe sur l’Ile de Montréal depuis les différentes époques de construction de cette ville.

Les si spéciales petites ruelles, caractéristiques de l’agglomération montréalaise, ne bénéficieraient-elles pas d’un plan d’occupation des sols discuté
avec les citoyens, plan qui inclurait réellement la notion de patrimoine, c’est-à-dire une volonté de sauvegarde du paysage urbain, mais qui permettrait, en plus, à ces citoyens de satisfaire leur demande d’amélioration de leurs habitations ?

Les plans des charmantes habitations de la région de Charlevoix, de l’Ile d’Orléans ou de la ville de Québec n’étaient-ils pas suffisamment représentatifs de l’Histoire du pays pour qu’on permette l’invasion du  marché de la construction par des faux bungalows et autres plans biscornus dont l’âme québécoise est totalement absente ?

 

On n’en finirait plus de donner des exemples de trahison de notre patrimoine architecturel et artistique, de lâcheté des pouvoirs publics devant l’intrusion (souvent monnayée au moment des élections) de cultures envahissantes et dominatrices qui dénaturent la personnalité typiquement québécoise. Sans doute est il préférable de proposer des solutions plutôt que fustiger une inertie coupable des décideurs locaux.

Demandons une participation des citoyens à une nouvelle approche d’une vue d’ensemble urbaine. Invitons historiens, archivistes, urbanistes, architectes, arpenteurs, promoteurs, entrepreneurs, décorateurs, psychologues même, bref tous les acteurs susceptibles de nous offrir tous les arguments nécessaires à une réflexion générale à laquelle nous serions tous conviés.

Un maire de notre grande ville se lèvera t-il un jour pour impulser ce genre d’initiative qui redonnerait aux citoyens leur fierté d’habiter un environnement  redevenu authentique ?

 

About the Author

Parallèlement à une vie professorale universitaire traditionnelle et à un parcours de formations multiples en développement personnel, j’ai pu bénéficier de l’enseignement de Maîtres européens, africains et asiatiques au cours de nombreux longs séjours à l’étranger. Cela m’a permis de concevoir une approche originale fondée sur le feng shui, la numérologie, le tarot, la psychogénéalogie et les constellations familiales. Installée au Québec depuis 7 ans (Montréal et Bromont), je donne des conférences, j’anime des constellations familiales et je reçois en consultation chez moi ou chez les patients. www.HarmonieInterieure.com

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2 Comments on "Patrimoine, est ce que j’ai une gueule de patrimoine ?"

  1. Violette %A %e %B %Y at %H:%M ·

    Je suis bien d’accord. Que de laideurs et de non-sens. C’est alors qu’il faut militer avec Phyllis Lambert et Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal.

  2. Catherine %A %e %B %Y at %H:%M ·

    Une question aux mairies :
    Constat : quelqu’un fait des travaux de rénovation pour “embellir” sa maison : peinture, façade, décoration… aussitôt ce bien est réévalué ; conséquence immédiate : augmentation des taxes !
    Conséquence à moyen et long terme : soit on fait les travaux sans les déclarer, soit on ne fait rien car on a un peu d’argent pour entretenir sa maison mais pas assez pour subir de telles augmentations de taxes, déjà sérieusement haussées depuis trois ans.
    Question : pour encourager la sauvegarde du patrimoine urbain, ne pourrait-on prévoir, plutôt, une aide à la rénovation, en subventions ou en gelant les taxes ? une vision à long terme, est-ce possible d’y penser ?

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